Le succès des jumeaux numériques est avant tout un enjeu organisationnel
À l’image d’un organisme vivant, un jumeau numérique est un système dynamique en constante évolution, qui doit être alimenté et entretenu pour préserver sa santé et sa longévité. Une fois votre jumeau numérique mis en place, comment en assurer la pérennité? Dans ce billet, Alexandre Guy, consultant en gestion chez Esri Canada, vous guide à travers les considérations de gouvernance et de processus nécessaires pour maintenir votre jumeau numérique en excellente condition.
Point clé
- Pour permettre aux organisations de simuler avec précision des situations futures, les jumeaux numériques doivent être alimentés en continu par des données à jour afin de demeurer pertinents à mesure que la réalité évolue. Cela exige toutefois bien plus que la seule technologie : un jumeau numérique fiable repose sur une gouvernance efficace, une culture géospatiale forte, des ressources et des compétences adaptées aux besoins, une intégration technologique continue, des données fiables et de qualité, ainsi que des processus bien définis.
Introduction
Les jumeaux numériques suscitent un intérêt croissant depuis quelques années, mais que faut-il pour réellement leur donner vie? Et surtout, une fois en place, comment en assurer la pérennité? Après tout, à l’image d’un organisme vivant, il s’agit d’un système dynamique en constante évolution, qui doit être alimenté et entretenu pour préserver sa santé et sa longévité.
Dans une récente entrevue avec xyHt, Jack Dangermond, président et cofondateur d’Esri, expliquait que les jumeaux numériques deviennent « la synthèse vivante des couches SIG ». Il ajoutait qu’ils ne devraient pas être considérés comme des livrables statiques et qu’à ce titre, ils doivent être entretenus et continuellement mis à jour, notamment par l’intégration de données issues de capteurs et par leur adaptation aux changements du réel.
Les jumeaux numériques permettent aux organisations de simuler des situations futures avec une plus grande précision et de prendre des décisions plus éclairées. En renforçant les analyses prédictives et prescriptives, ils permettent de dégager des enseignements plus riches qui soutiennent l’action stratégique.
Voici quelques exemples canadiens :
- La Ville de Kelowna, C.-B. utilise un jumeau numérique exhaustif fondé sur le SIG pour la gestion des risques liés à la faune et pour accompagner sa croissance rapide, ce qui lui permet de simuler ses besoins en infrastructures jusqu’en 2041.
- La Ville de Montréal a mis en œuvre un jumeau numérique dans le cadre d’une initiative de ville intelligente visant à améliorer la mobilité urbaine et l’accès à l’alimentation.
- La Ville d’Ottawa a créé un jumeau numérique 3D pour soutenir son nouveau Plan officiel et ses règlements de zonage.
La concrétisation de ces bénéfices repose toutefois sur bien plus que la seule technologie. Elle dépend d’un programme géospatial solide et bien géré, ancré dans les sept piliers fondamentaux d’une stratégie géospatiale : une vision claire et du leadership, une gouvernance efficace, une culture géospatiale, des ressources et des compétences adaptées aux besoins, une intégration technologique continue, des données fiables et de qualité, et des processus bien définis.
D’après notre expérience auprès d’organisations de toutes tailles, les jumeaux numériques réussissent lorsque ces éléments fondamentaux sont mis en œuvre de façon cohérente et concrètement intégrés dans les façons de faire de l’organisation. Lorsque l’un ou plusieurs de ces piliers sont faibles ou mal alignés, les initiatives de jumeaux numériques risquent de devenir fragmentées, obsolètes ou sous-utilisées, puis de perdre en crédibilité et en appui auprès des parties prenantes.
À l’inverse, lorsqu’une stratégie géospatiale est mature et équilibrée sur l’ensemble de ces dimensions, les organisations peuvent faire évoluer leurs jumeaux numériques avec confiance et en dégager une valeur durable dans le temps.
Des pratiques de gouvernance renforcées
Disposer de pratiques de gouvernance solides et bien établies est essentiel à tout programme de système d’information géographique (SIG). Cela devient toutefois une nécessité absolue lorsqu’il s’agit d’assurer la pérennité d’un jumeau numérique. En outre, cela introduit d’autres niveaux de complexité, notamment les suivants :
Validité temporelle
Pour être utiles, les jumeaux numériques doivent offrir une représentation quasi en temps réel du monde qu’ils décrivent, ce qui exige une intégration continue des jeux de données. Ils doivent rester à jour pour conserver leur exactitude.
Du point de vue de la gouvernance, cela signifie non seulement que les nouvelles intégrations de données doivent être gérées, mais aussi que l’organisation doit définir des seuils de latence acceptables. Il s’agit de règles de validité temporelle qui établissent à quel moment les données sont considérées comme périmées, ainsi que l’incidence de cet état sur l’aptitude du jumeau numérique à produire des analyses fiables.
Garder le cap
Les jumeaux numériques peuvent servir à de multiples fins. Ils peuvent représenter l’état actuel des choses, un état futur, des scénarios hypothétiques ou encore la relecture historique d’événements. Tous ces cas d’usage exigent une compréhension adéquate des données sous-jacentes qui composent le jumeau numérique.
Par conséquent, l’instance de gouvernance qui supervise le programme doit définir des processus de gestion des données adaptés à des besoins décisionnels précis, afin de garantir que le jumeau permette de dégager des analyses de qualité.
Instaurer la confiance
Comme pour l’IA générative, l’efficacité des jumeaux numériques repose avant tout sur la confiance accordée aux données. Si celles-ci sont inadéquates, le raisonnement qui en découle sera nécessairement faussé. La provenance des données, leur gestion et les méthodes de validation sont donc essentielles pour bâtir une représentation fidèle du monde sur laquelle appuyer des décisions éclairées.
Les programmes de gouvernance doivent garantir que les utilisateurs appelés à prendre ces décisions, et qui ne sont fort probablement pas des spécialistes du SIG, puissent se fier aux analyses présentées par le jumeau numérique. Il s’agit d’un objectif ambitieux, mais essentiel.
Un levier organisationnel
L’un des principaux effets de pratiques de gouvernance solides est le renforcement de la crédibilité organisationnelle : une crédibilité envers les systèmes et les processus en place, mais aussi la confiance envers les personnes appelées à prendre des décisions lorsqu’il le faut. Lorsque de solides pratiques de gouvernance sont en place, les décisions peuvent être prises rapidement, de façon cohérente et selon des principes communs.
En somme, une gouvernance solide réduit l’ambiguïté et les frictions organisationnelles, tout en assurant la fiabilité du produit final.
Un processus de livraison et d’ingestion des données en continu
On ne saurait trop insister sur l’importance de données propres et bien gérées, car elles ouvrent la voie à l’analyse prédictive, aux analyses issues de l’intelligence d’affaires et de l’intelligence artificielle.
Pour refléter la réalité, les jumeaux numériques exigent l’intégration et l’ingestion continues de nouveaux jeux de données à mesure qu’ils deviennent disponibles. À ce titre, les jumeaux numériques ne devraient pas être considérés comme des projets circonscrits dans le temps, mais plutôt comme un modèle opérationnel continu ancré dans le réel.
Il doit exister un processus formalisé par lequel l’organisation élabore des normes, des cadres et des méthodes permettant le déploiement continu du jumeau numérique. Un tel processus requiert des évaluations et des audits des mécanismes de livraison afin d’offrir des mesures de qualité et de performance à différentes étapes. C’est ce qui permet d’obtenir des résultats cohérents et reproductibles. Cela donne aux décideurs l’assurance nécessaire que le jumeau numérique évolue dans un environnement fiable, sécuritaire et cohérent.
Empreinte TI
La fonction TI joue un rôle majeur dans la préparation de l’organisation à la mise en place d’un jumeau numérique, qu’il s’agisse d’aider l’organisation à adopter des normes de données comme l’ISO 19650 pour la gestion de l’information sur l’ensemble du cycle de vie d’un actif physique, ou de mettre en œuvre d’autres pratiques de gestion des données, comme COBIT, ou encore des pratiques de gestion des services TI (ITSM), comme ITIL.
Ces normes et ces pratiques doivent être bien établies et fonctionner harmonieusement pour que les données soient considérées comme un actif d’entreprise comportant des risques et exigeant des audits de qualité et de conformité.
Les organisations qui ont mis en place de telles normes et pratiques font état d’une plus grande efficacité lorsqu’il s’agit de rechercher des données et de corriger les erreurs, ainsi que d’une amélioration globale de la qualité et de l’intégrité des données. Cela se traduit par davantage de temps consacré à l’analyse des données et à l’exploitation des enseignements dégagés, puisque le jumeau numérique est exact, cohérent et accessible.
Automatisation et assurance qualité
Compte tenu du volume de données en cause, l’automatisation s’impose d’elle-même pour maintenir la qualité des données. Les pratiques d’assurance qualité (AQ) doivent être pensées dès le départ et intégrées aux différents flux de travail de votre organisation.
Dans ce contexte, un élément clé de l’assurance qualité consiste à définir des seuils précis à partir desquels le jumeau est considéré comme valide du point de vue de la cohérence des données. Ces paramètres doivent être clairement communiqués à l’utilisateur afin qu’il comprenne adéquatement la qualité des analyses produites, ainsi que les limites de fidélité de la représentation.
De bonnes pratiques de gestion des données permettent au jumeau numérique d’exécuter différents scénarios afin de cerner les risques, les tendances et les arbitrages nécessaires à l’atteinte de solutions optimales. Elles favorisent également une meilleure visibilité des projets, une communication renforcée et une collaboration fluide entre les parties prenantes. Ces pratiques doivent être maintenues sur l’ensemble du cycle de vie des données, depuis leur acquisition jusqu’à leur gouvernance, leur intégration et leur stockage.
Des ressources et des compétences adaptées aux besoins
Les jumeaux numériques exigent du personnel dédié, formé et ayant accès à des spécialistes. Pour y parvenir, les organisations doivent mettre sur pied des équipes transversales réunissant des expertises en science des données, en SIG et en intégration de systèmes, ainsi que des experts métiers couvrant un large éventail de domaines propres à l’organisation.
L’établissement d’une matrice des compétences géospatiales, combinée à un programme de formation visant à faire progresser le personnel là où cela est nécessaire, constitue une étape importante pour soutenir l’agilité du programme de jumeau numérique et son aptitude à répondre rapidement aux besoins. Cela permettra à votre organisation de s’adapter rapidement aux priorités changeantes, de poursuivre de nouvelles initiatives et de répondre adéquatement aux risques émergents. Bien que toutes les organisations ne puissent pas maintenir à l’interne une expertise dans des domaines spécialisés comme le traitement d’événements en temps réel, l’ingénierie de l’intégration de l’IdO ou la gestion des données spatiotemporelles, l’accès à l’expertise de fournisseurs dans ces domaines demeure un facteur clé de réussite.
L’un des principaux avantages d’une optimisation de votre main-d’œuvre est qu’elle permet de mobiliser vos ressources à bon escient, plutôt que de les pousser au-delà de leurs limites. Elle ouvre la voie à une croissance durable à mesure que votre organisation prend en charge des projets plus ambitieux ou développe de nouveaux champs d’expertise.
Un effort de longue haleine qui en vaut la peine
S’engager dans une démarche de jumeau numérique est une aventure stimulante, porteuse de retombées importantes pour toute organisation. Toutefois, pour en tirer véritablement les bénéfices, il faut une stratégie reposant sur des bases solides en matière de gouvernance, de processus de livraison, de pratiques de gestion des données et de développement des compétences du personnel. Il s’agit d’un effort à long terme qui exige des investissements constants et un engagement soutenu afin de renforcer la solidité organisationnelle du programme SIG, avec des retombées qui dépassent largement la seule mise en œuvre d’un jumeau numérique.
La pratique de conseil en gestion d’Esri Canada peut vous aider à évaluer les risques et à combler les écarts entre votre situation actuelle et votre stratégie, afin de faire progresser votre initiative de jumeau numérique avec confiance. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à communiquer avec nous.